Après le petit déjeuner, tous partirent vers leurs occupations. Jean et Praline allèrent au marché. Phoebus partit couper du bois en prévision de l’automne. Dolly se mit à nettoyer la maison. Philibert rejoignit sa femme à l’étable. Celle-ci était en train de traire la vache.
- « Ma pauvre Marguerite, l’orage t’a contrariée… Tu ne me donnes pas beaucoup de lait ce matin… Ah te voilà Phil, j’ai bientôt fini, tu vas pouvoir la mener au pré. »
- « Attends, nous devons parler de notre fils… »
- « Pourquoi, il y a un problème ? » demanda innocemment Pétunia.
- « Chérie, je sais que tu as compris toi aussi… Il y a quelque chose entre lui et Dolly. Ils avaient une drôle de façon de se regarder ce matin et… »
- « Ce n’est pas nouveau ça ! » le coupa sa femme. « Tu te fais des idées. »
- « Des idées ? » répéta Philibert en se penchant pour ramasser un objet brillant. « Des idées, vraiment ? Alors explique-moi comment cette chaîne d’or s’est retrouvée coincée entre deux bottes de paille ! »
Intriguée, Pétunia s’approcha et constata que son mari tenait dans sa main la chaîne et la médaille de Dolly.
- « Bien ! » lui lança Phil « Je constate avec plaisir que cette découverte te laisse sans voix ! Il faut arrêter de me prendre pour un lapin de six semaines. D’ailleurs, ça fait déjà un moment que je me pose des questions à leur sujet.»
- « Chéri, je t’en prie, ne te mets pas en colère ! »
- « Mais il a complètement perdu la tête ! Bien sûr, elle est belle cette fille et même plutôt gentille, mais enfin c’est la fille Gédublé ! Ils vont tous les deux au-devant de graves ennuis. Ce vieux grigou de Gontrand n’acceptera jamais une telle relation ! Et pour une fois, je suis de son avis ! »
- « Phil, Phil essaie un peu de te souvenir : quand tu as commencé à me conter fleurette, mon père était furieux et t’a même poursuivi avec sa fourche à travers tout le village ! Tu avais une telle réputation de coureur de filles ! Nous étions obligés de nous voir en cachette. Rappelle-toi comme nous étions tristes ! Je ne veux pas imposer ça à mon fils chéri. »
- « J’étais peut-être un coureur de filles, oui. Mais Phoebus, lui, on va le traiter de coureur de dot ! Et même si je ne m’oppose pas à cet amour, ça ne règlera pas le problème de la famille de Dolly. »
- « Peut-on lutter contre l’amour ? Ils s’enfuiront si nous les braquons. Et moi, je ne veux pas perdre mon petit… »
- « Ton petit ? Il a bien grandi et il pourrait bien t’en ramener un de « petit » comme tu dis. Bon sang, tu me vois avec le père Gédublé faire « gouzi-gouzi » au-dessus d’un berceau ? Non c’est un cauchemar, pince-moi que je me réveille ! Parmi toutes les belles du pays, il a fallu qu’il choisisse la seule qu’il ne pourra jamais épouser !»
- « Je sais » soupira Pétunia « et pourtant ils forment un si beau couple… »
- « Ouais, mais je vais quand même demander à Dolly de quitter la ferme. »
- « Non, ne fais pas ça ! Ne te fais pas plus cruel que tu ne l’es ! Si tu la renvoies, tu ne vaudras pas mieux que son père ! »
- « Hé ho ! » protesta Phil furieux et vexé, « Ne me compare pas à ce grippe-sous ! »
Pourtant, l’argument choc de sa femme porta ses fruits. Mais il mit les choses au point :
- « Bon elle peut rester mais je vais dire deux mots au fiston moi ! Il a intérêt à calmer ses ardeurs… je ne veux pas d’un autre invité surprise dans ma maison ! »
Pétunia mit ses bras autour du cou de son époux et lui dit gentiment :
- « Dans le fond, mon Phil, tu es un grand romantique. Et moi, je te vois bien en Papy Bébert ! »
- « Ma femme est complètement folle ! » s’exclama-t-il en levant les yeux au ciel.
Dans le prochain épisode : petite mise au point…